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Françoise's blog

 

Les textes de l'atelier sous l'œil bienveillant de Sophie, l'écoute et la richesse de l'échange avec mes amies d'écriture, Séverine et Sonia et autres petites histoires en devenir...

 

 

 

 

Janvier 2015

LE BUS

 

 

Paulette a de beaux yeux. Elle le sait, en use et en abuse. Elle a renforcé son regard avec un nouveau Rimmel, effet faux-cils, regard sublimé.

Assise dans le bus qui file vers le centre ville, elle observe tranquillement le paysage qui défile. Sa journée a été fatigante, elle poserait sans problème la tête contre la vitre, ferait un bref somme qui lui permettrait de récupérer. Mais elle ne le peut pas. Un homme la dévisage avec insistance. Ca en devient gênant. C’est peut-être son nouvel effet volume qui attire l’œil. Elle se promet qu’elle ne le remettra pas demain, en tout cas, pas sur le chemin du bureau. De plus le produit est un peu épais, quand elle ferme les yeux, ça colle.

L’homme s’est approché maintenant, il porte une grande besace bleue en bandoulière assortie à sa tenue de travail en toile de la même couleur. Son pantalon est trop court, ses chaussures noires ont une semelle de caoutchouc crantée. Il est paré pour les gros chantiers, il doit avoir gardé dans son sac les restes de la gamelle du midi, ses cheveux sont gras et raides, des yeux marrons qui la fixent.

Paulette tente tant que possible d’éviter son regard, examine ses mains, et son nouveau vernis « miroir des mille et une nuits » qui allongent ses doigts d’une manière fantastique, elle l’a commandé sur internet sur les conseils de son amie Cindy, et le grand chic, c’est que chaque ongle est teinté d’une couleur différente. Elle porte également sa bague « Reflets d’Azur », qui scintille grâce aux nombreux réverbères qui jalonnent le parcours.

L’homme se rapproche encore, se penche alors vers elle et tout en lui soufflant fort dans les cheveux, s’adresse à la personne juste derrière : « Dis donc Samuel, t’es au courant pour la réunion demain ? Va falloir prendre le bus de 6 heures. Ils commencent à faire chier. »

 

 

Janvier 2014

 

 

ROUGE

 

 

 

Main dans la main, nous mourons aujourd’hui.

Cette nuée ardente, sur le Mont Uzen, nous est fatale, ce trois juin 1991, le ventre de la terre a raison de nous.

 

Main dans la main, soudés pour toujours, mon amour, c’est ici que s ‘arrête notre chemin, dans cette effroyable fournaise, trois secondes auront suffit à nous anéantir, à nous clouer au sol, petits pantins désarticulés, soufflés par la bouche géante du volcan qui nous dévore malgré nous.

Ma Katia, mon amour, nous sommes là, comme toujours. Mariés à jamais. Rougeoyants et fébriles, enlacés dans cette tourmente fumante, qui nous a surpris, nous les Kraffts, aguerris aux pires heures de ta fureur, aux pires brûlures de ton agonie.

Tu nous as craché ta sève, ta langue écarlate, nous a souvent enveloppé, mais n’avait jamais eu cette soif de souffler sur nos vies. Tels de petits chandeliers, notre cire se consume, de la tête aux pieds tu nous as embrasé.

Nous portions bien nos noms, « diables des volcans », petits diablotins, aujourd’hui, nous sommes à ta merci. Pris au piège, mains dans la main, comme figés, pétrifiés, ancrés sur ton sol mouvant, qui gondole et nous emmène doucement. Fumant. Ardent.

La bandoulière de ton appareil photo a fondu.

Nos chaires asséchées, mordues par le gaz brûlant, se confondent maintenant avec le sol rougeoyant. Nos traits devenus transparents, secs, nos yeux transpirants, nous ne nous sommes pas lâchés.

Trois secondes, confondus à jamais dans cette torpeur flamboyante avec le rouge de cette terre, qui a évacué sa colère et est venue nous chercher.

 

 

 

 

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